La dernière leçon

 

Y’avait ce truc-là, que je n’avais pas saisi.

 

…Putain ce pourrait être moi !

 

Jusqu’à ce que Jacques me le fasse comprendre ce mardi.

 

La mort rencontrée dans un accident au bois.

 

 

 

Je jouais au bûcheron, innocent que j’étais, un peu vantard.

 

« Il est mortel, ton jeu, petit con ! »

 

Il fut prof, mais je ne l’ai connu que plus tard.

 

Alors ainsi serait sa dernière leçon ?

 

 

 

Il s’en est allé, disparu sous un arbre qu’il avait coupé.

 

Un corps froid jusqu’au lendemain à attendre

 

« Il aura passé sa dernière nuit en forêt. »

 

Ainsi fût l’oraison par sa chère et tendre.

 

 

 

Je devais le voir, je lui ai laissé le choix :

 

Mercredi, ou alors jeudi.

 

Il ne répondra pas;

 

Je suis tombé sur sa messagerie.

 

 

 

J’imagine les forêts qui ne verront plus ni lui ni ses animaux,

 

Il n’y a plus de mains pour porter ses machines.

 

Ses courses vont périr dans le frigo.

 

Ses draps seront lavés par une famille orpheline

 

 

 

Résonne encore son rire dans mon cerveau,

 

J’ai un caillou dans le bide.

 

La tristesse + une angoisse que je ne comprends pas trop

 

Que faire si, de retour au bois, la peur m’invalide ?

 

 

 

C’est horrible. C’est fini.

 

Putain, ça y est,

 

Je suis de ceux qui,

 

En connaissent un qui y est resté.

 

 

 

C’est vrai, ma légèreté était déjà convalescente

 

L’âge et l’usure rongent ma carcasse, c’est le début.

 

Il faut l’encaisser, cette fatigue démente !

 

Encore 25 années et je serai le bûcheron qu’il était devenu.

 

 

 

Il n’était pas prof pour moi, ni un père,…une sorte de mentor ?

 

Il errait à l’orée du cercle des gens qui m’inspirent

 

Peut-être, qui sait ? On ne saura pas, puisqu’il est mort.

 

J’avais, en tout cas, un paquet de réflexions à lui dire.

 

 

 

C’est une histoire de tripes dans une quête de communion étrange,

 

Que personne ne comprend tout à fait.

 

Près des arbres, mais avec une tronçonneuse qui les mange…

 

Est-il plus proche encore, maintenant que la forêt l’a tué ?

 

 

 

Il abattait des fûts ; mais c’est lui qui est tombé.

 

Une belle  fin? C’aurait été à lui de le dire.

 

Flotte-t-il au-dessus des canopées, enfin libéré ?

 

Pourvu que son dernier souffle fut celui d’homme apaisé qui expire.

 

 

 

Y’a une phrase de bûcheron qui dit :

 

« Si t’as peur d’aller au bois, c’est bien.

 

Si un jour la peur est partie.

 

Alors reviens. »

 

 

 

Aimer et couper des arbres, c’est mon métier.

 

Continuer,  mais avec un dur goût amer

 

L’insouciance, j’ai compris, c’est terminé

 

Putain ; qu’est-ce qu’apprendre coûte cher !

 

 

 

Une dernière leçon de prudence,

 

Jacques Daydé n’est plus,

 

La forêt comme dernière résidence

 

Merci, adieu, salut.